03 Août 2026
Olivier

L’hébergeur web suisse Infomaniak a annoncé son entrée sur le marché boursier de Zurich, via un partenariat avec un holding existant. L’entreprise semble toutefois avoir choisi une stratégie visant à minimiser son exposition à une éventuelle prise de contrôle hostile. Cette approche audacieuse s’accompagne de risques évidents, mais pourraient potentiellement s’avérer payante pour l
Infomaniak est un hébergeur et fournisseur cloud suisse qui s’est démarqué depuis trois décennies grâce à ses solutions numériques écoresponsables. Il propose aussi des solutions parmi les plus écoresponsables de l’industrie. Le 29 juillet, l’entreprise a déclaré que ses actionnaires avaient accepté d’être cotés à la SIX Swiss Exchange. Infomaniak ne procèdera pas par une introduction en bourse conventionnelle, mais se tourne plutôt vers Perrot Duval Holding, une société suisse cotée depuis 1905.
Cette approche se base sur une stratégie défensive. Même en tant qu’entreprise publique, il sera presque impossible de prendre le contrôle d’Infomaniak. Il s’agit donc d’une cotation destinée à rehausser le profil de la société et son accès au capital, sans relâcher son contrôle sur ses propres activités.
Les mécanismes sont inhabituels, et le résultat est encore plus étrange. Une entreprise qui négocie à la bourse suisse depuis plus d’un siècle est sur le point de devenir un fournisseur de cloud. Plutôt que de proposer de nouvelles actions au public, Perrot Duval acquerra 100% d’Infomaniak. Les propriétaires d’Infomaniak recevront en échange des actions Perrot Duval nouvellement émises, créées par une augmentation de capital.
L’entité fusionnée sera renommée Infomaniak SA. Perrot Duval, historiquement une petite holding industrielle, se désengage donc de son ancienne identité. En plus de l’accord qu’elle a accepté de conclure, elle a cédé l’intégralité de sa participation dans Füll Process, une entreprise spécialisée dans les cosmétiques décoratifs et l’automatisation des processus.
Le calendrier pour l’intégration s’étend tout au long de l’automne. Infomaniak prévoit de publier un prospectus aux alentours du 2 septembre. Les actionnaires de Perrot Duval voteront, pour leur part, le 24 septembre. La transaction devrait être finalisée aux environs du 25 septembre, sous réserve des approbations du bureau d’examen SIX Exchange Regulation et du SIX Regulatory Board. Les nouvelles actions seront ensuite cotées plus tard.
Aucune valorisation et aucun chiffre de levée de capitaux n’ont été divulgués, ce qui est un signal en soi. Il s’agit donc d’une première étape visant l’accès au marché public, plutôt que d’une ruée vers des liquidités.
La raison pour laquelle une entreprise peut inscrire des actions sans craindre d’être dérobée se trouve dans la structure d’actions. La Fondation Infomaniak, organisme d’intérêt public, reste l’actionnaire de référence. Elle conserve la majorité des droits de vote au travers d’actions non cotées, non transférables.
Ensemble, la fondation, le fondateur et certains salariés conserveront la grande majorité de l’entreprise cotée. En termes simples, les investisseurs extérieurs peuvent participer, mais ils ne peuvent toutefois pas acheter le contrôle. Aucune prise de contrôle ne peut ainsi avoir lieu sans le consentement de la fondation.
C’est un choix judicieux dans un marché où l’indépendance des hébergeurs web est de plus en plus menacée. Un nombre toujours croissant de marques d’hébergement européennes sont regroupées au sein de fonds de capital-investissement et de grands groupes.
Infomaniak fait, pour sa part, presque le contraire. L’entreprise atteint le marché public tout en inscrivant l’indépendance permanente dans sa propre structure. Pour une entreprise dont l’argument principal est que les données des clients restent hors de portée des étrangers et des actionnaires, cet arrangement n’est pas une note de bas de page. C’est le produit.
Infomaniak présente l’annonce comme un moyen d’accélérer son infrastructure tout en préservant son indépendance. Cela doit permettre de construire de nouveaux centres de données suisses pour répondre à la demande croissante des pays européens pour un cloud souverain.
L’entreprise est déjà un acteur important dans son créneau. Elle revendique 54,2 millions de CHF de chiffre d’affaires en 2025, contre 47,6 millions de CHF en 2024. Elle compte aussi plus de 300 collaborateurs, et environ 300 000 clients payants. L’hébergeur est autofinancé depuis 1994, réinvestissant l’ensemble de ses bénéfices depuis 2017.
Entrer en bourse lui donne une ressource et une voie d’accès au capital qu’elle n’avait pas en tant qu’entreprise privée autofinancée. C’est un atout important pour acquérir de la capacité des centres de données, dans un marché où le matériel est devenu aussi dispendieux.
La première réaction du marché a été prudente face à la transaction. Les actions de Perrot Duval ont chuté de 9,8 % après l’annonce. Cela semble toutefois dû une réaction à la propre position de Perrot Duval et au fait que le holding a annoncé une perte plus importante, plutôt qu’un verdict sur Infomaniak.
Pour l’industrie de l’hébergement, le point à retenir est le modèle. Un hébergeur européen indépendant a potentiellement trouvé le moyen d’exploiter les marchés publics pour obtenir de l’argent. Et ce, tout en faisant de conserver son indépendance une règle écrite, plutôt qu’une simple promesse du fondateur.
La question de savoir quels autres hébergeurs pourraient faire de même reste ouverte. La plupart d’entre eux n’ont pas nécessairement une base de contrôle équivalente sur laquelle s’appuyer.
Notre article s’appuie sur la propre annonce d’Infomaniak et sur la presse financière et technologique suisse couvrant la transaction. Les mécanismes de prise de contrôle inversée, le calendrier de septembre et le maintien du contrôle des votes par la fondation sont déclarés par l’entreprise et corroborés dans tous ces points de vente. Aucune évaluation ou montant de levée de capitaux n’a encore été divulgué.
Les chiffres cités ici se limitent donc aux rapports sur le chiffre d’affaires, l’effectif et les nombres de clients d’Infomaniak. Ils incluent aussi le mouvement du prix des actions indiqué pour Perrot Duval, pas pour Infomaniak. Les données pour évaluer l’ensemble du processus sont donc limitées. La cotation reste encore soumise à l’approbation des actionnaires et des autorités de régulation.
La stratégie d’Infomaniak semble pour le moins audacieuse. Elle va clairement en sens inverse des tendances actuelles, qui sont plutôt à la convergence et au regroupement. Infomaniak tente ainsi de profiter de sa position unique pour tenter de lever des capitaux, sans renoncer à son indépendance.
Nous espérons que cet article vous a plus et vous a éclairé sur le choix d’Infomaniak d’entrer sur le marché boursier suisse. Si c’est le cas, nous vous invitons à consulter nos autres articles et comparatifs de notre blog. Vous y trouverez les informations les plus récentes sur l’industrie l’hébergement et sur la création de sites web.