24 Fév 2026
Olivier

GoDaddy a récemment publié un accord révisé sur les conditions universelles de service. Celui-ci change fondamentalement la relation juridique entre l’entreprise et ses plus de 21 millions de clients. La mise à jour a pris effet immédiatement, avant d’être suivie d’une simple notification. Elle modifie le statut légal de chacun des 21 millions de clients de GoDaddy, qui deviennent des « clients professionnels ».
Le nouvel accord modifie ainsi les solutions de résolution des litiges, tout en élargissant les droits d’indemnisation de GoDaddy. Il introduit aussi un filtrage des sanctions et ajoute de nouvelles dispositions en matière de contenu et de conformité.
Dans cet article, nous regarderons donc un peu plus en détails les changements apportés par GoDaddy au statut légal de ses utilisateurs. Nous verrons ce que cela implique en termes de droits pour les clients, et aborderons la validité effective des modifications. Vous verrez ainsi que les nouvelles conditions d’utilisation limitent les recours possibles pour certains utilisateurs, mais que certaines protections européennes s’appliquent toujours.
Les nouvelles conditions d’utilisation apportent plusieurs changements. Le plus largement discuté est sans doute la reclassification par GoDaddy de tous les utilisateurs en tant que clients professionnels. L’hébergeur se présente désormais comme un service B2B, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Les termes d’utilisation précédents s’adressaient aux utilisateurs comme « toute personne ou entité ». Ils ne distinguaient donc pas entre l’utilisation par les consommateurs et celle par les entreprises.
La nouvelle version introduit désormais les termes « client d’affaires », dont la définition est très large et inclusive.
Selon les nouveaux termes, toute personne qui enregistre un domaine pour l’une des fins suivantes est ainsi considérée comme un client commercial :
Une nouvelle clause de non-responsabilité en matière de garantie vient également renforcer la classification. Celle-ci mentionne: « Vous reconnaissez que vous achetez les Services pour des fins commerciales, commerciales ou professionnelles et non pour un usage privé, personnel ou domestique. »
Ces nouvelles conditions se veulent rétroactives. Tous les utilisateurs ayant accepté les conditions précédentes sont donc considérés comme ayant reconnu faire un usage professionnel du service.
Dans la plupart des juridictions, les cadres de protection des consommateurs s’appliquent spécifiquement aux transactions B2C. Les consommateurs agissant à titre individuel ont droit à des protections qui ne s’appliquent pas aux entreprises.
En déclarant toutes les relations B2B, GoDaddy réduit donc son exposition à plusieurs cadres réglementaires. Ceux-ci incluent notamment les éléments suivants:
Les consommateurs de l’Union Européenne ont normalement 14 jours pour annuler un achat en ligne. Ils peuvent alors obtenir un remboursement complet, garanti par la loi. Ce droit ne s’applique toutefois pas aux clients professionnels.
Si GoDaddy traite désormais ses clients de l’UE comme des entreprises au lieu de consommateurs, ils peuvent perdre ce droit d’annulation de 14 jours. Ce changement risque toutefois d’être plus complexe à appliquer dans la réalité. La loi européenne garanti théoriquement le droit des consommateurs malgré le changement des conditions d’utilisation. Il se peut néanmoins que les recours pour les remboursements deviennent nettement plus complexes et fastidieux.
Les plaintes des consommateurs peuvent être déposées auprès d’autorités publiques. De nombreux états sont ainsi dotés d’agences de protection des consommateurs pouvant intervenir. Ces cas suivent souvent des procédures spéciales, comme celle qui a mené à l’injonction de la FTC contre GoDaddy en janvier 2025.
Les litiges commerciaux ne passent toutefois généralement pas par les autorités de protection des consommateurs. Ils sont plutôt traités par un tribunal commercial ou par arbitrage. Le changement de statut légal des clients de GoDaddy peut donc limité leur capacité à déposer des plaintes auprès de différentes institutions.
Les tribunaux protègent généralement les consommateurs plus que les entreprises. Par exemple, dans l’Union Européenne, une clause contractuelle manifestement injuste pour un consommateur peut être complètement annulée par un tribunal.
Lors d’un conflit entre deux entreprises, il est beaucoup plus difficile de contester les termes du contrat. Et ce, même s’ils semblent totalement injustes et unilatéraux.
Aux États-Unis, les actions collectives des consommateurs ont été l’un des principaux risques juridiques de GoDaddy. Si les clients sont traités comme des entreprises et doivent recourir à l’arbitrage individuel auprès de tribunal commerciaux. Les recours collectifs deviennent ainsi incroyablement plus difficiles à intenter.
Il faut noter que dans son dépôt annuel de 2024, GoDaddy a mis de coté environ 30 millions de dollars pour faire face à l’éventualité de recours juridiques. Réduire son exposition aux actions collectives pourrait donc réduire ses frais juridiques pour l’avenir.
Le plus grand changement opérationnel concerne donc la façon dont les litiges sont gérés. Les anciens termes utilisaient les règles d’arbitrage s’appliquant pour les consommateurs. La nouvelle version utilise désormais des règles commerciales liés aux relations B2B.
Par exemple, selon la loi américaine, cela peut engendrer des recours plus complexes et couteux. Les frais de dépôt en vertu des règles commerciales pour les réclamations allant jusqu’à 75 000 $, commencent à 2 325 $. En vertu des règles pour les consommateurs, les frais étaient plutôt d’environ 200 $. Le coût nettement plus élevé, à lui seul, risque donc de décourager de nombreuses réclamations individuelles.
Les nouveaux termes permettent à GoDaddy de filtrer les comptes contre les listes de sanctions gouvernementales. L’entreprise s’accorde le droit de demander des documents d’identité et de suspendre ou résilier les services pour des raisons de conformité.
C’est un changement face à la version précédente, qui faisait uniquement référence de manière générale aux lois sur l’exportation. Le titre de la section a également été modifié et élargi. Il est passé des « lois américaines sur l’exportation » aux « lois sur le commerce international ».
De plus, les clients acceptaient déjà de couvrir les coûts de GoDaddy dans les réclamations introduites par des tiers. Cette clause couvre désormais aussi les réclamations de GoDaddy contre ses clients.
Les anciennes conditions d’utilisation excluaient la responsabilité pour les dommages directs et indirects. Le mot « direct » a été supprimé du texte. La liste d’exclusion inclut désormais « dommages indirects, exemplaires, fixes et majorés ». Le plafond de responsabilité global reste néanmoins de 10 000 $. La nouvelle version exclut également toute perte de bénéfices.
Reclasser tous les clients en utilisateurs professionnels soulève des questions au regard du droit européen. Il n’est donc pas clair que le changement des conditions d’utilisation soit totalement légal et applicable.
Selon les règles de l’Union Européenne, la protection des consommateurs ne disparaît pas simplement parce qu’un contrat qualifie quelqu’un d’entreprise. D’après la Cour de justice européenne, le statut de consommateur dépend de la nature de l’opération. Il n’est pas lié au libellé du contrat.
Une personne enregistrant un domaine à des fins personnelles serait donc normalement toujours considérée comme un consommateur au sens de la directive 2011/83/UE. Il est donc probable que les nouvelles conditions d’utilisation de GoDaddy ne modifie pas réellement le statut légal de ses clients européens.
Ce n’est pas une mise à jour juridique mineure que GoDaddy a effectué. Les modifications changent complètement la façon dont les relations avec les clients sont structurées.
GoDaddy gère des domaines pour plus de 21 millions de clients. Si les régulateurs n’interviennent pas, d’autres fournisseurs pourraient suivre et modifier leur conditions. C’est particulièrement risqué aux États-Unis, où le risque de recours collectif est toujours assez élevé.
Quand GoDaddy réduit ainsi les protections des consommateurs, il ouvre toutefois une porte à ses concurrents. Ceux-ci peuvent choisir de mettre en avant les protections légales supplémentaires qu’ils accordent. Des droits de retrait clairs, un traitement transparent des litiges et aucun arbitrage obligatoire, etc. Ces atouts pourraient désormais sembler attrayants, particulièrement aux clients de l’UE.
Les autorités européennes ou les régulateurs américains risquent toutefois de contester l’approche de GoDaddy. Le résultat des tribunaux influencera alors probablement l’ensemble du secteur.
Le changement majeur apporté aux conditions d’utilisation des services de GoDaddy est pour le moins risqué et inusité. Il redéfini le statut légal de tous les utilisateurs pour les définir comme des clients d’affaires, plutôt que des consommateurs. Cette modification vient ainsi grandement les recours et les droits de ses clients.
Nous espérons que cet article vous a plus et vous a éclairé sur le changement de statut légal des clients de GoDaddy apporté par les nouvelles conditions d’utilisation. Si c’est le cas, nous vous invitons à consulter nos autres articles et comparatifs de notre blog. Vous y trouverez les informations les plus récentes sur l’industrie l’hébergement et sur la création de sites web.