L’hébergement de serveurs en France

Le marché de l’hébergement de serveurs a explosé ces dernières années en France, rattrapant son retard par rapport aux pays anglo-saxons. Avec l’explosion du marché, et face à la réduction des espaces et à l’augmentation des coûts, les acteurs se sont fait de plus en plus globaux.

L’hébergement peut prendre différentes formes : de la mise à disposition de mètres carrés seuls (type Global Switch, quasiment des grossistes en hébergement), à la colocation d’espaces sécurisés (Equinix, Interxion, Telecity Redbus) reliés à l’ensemble des opérateurs, utilisés par les opérateurs, infogérants et entreprises, aux opérateurs eux-mêmes (FT, Colt, BT) proposant aux entreprises hébergement, bande passante et services. Sans oublier les infogérants (Capgemini, Atos-Origin, Steria, EDS, IBM Global Services, etc.) ou encore des sociétés comme Jet Multimedia ou Prosodie, qui disposent aussi de leurs propres salles.

Un marché en forte croissance

Dans une étude parue en septembre 2009 sur le marché français de l’IT outsourcing, IDC estimait le marché français de l’hébergement de services d’infrastructures à 872 M€, soit 12,3 % du marché total de l’IT outsourcing. Le marché de l’infogérance de systèmes d’information, qui comprend également une part d’hébergement, était estimé à 2 723 M€. Les autres segments de ce marché de l’IT outsourcing sont l’infogérance de systèmes distribués et réseaux (2 292 M€), l’infogérance d’application (1 199 M€) et l’hébergement d’application, encore balbutiant (32 M€).

Dans une étude parue en 2006, Markess International estimait le marché de l’hébergement d’infrastructures à 330 M€ en 2005 et indiquait que le taux de croissance annuel moyen entre 2005 et 2008 devrait être de 2,8 %, soit un marché de 360 M€ à échéance 2008. Cette étude excluait toutefois la part hébergée dans les contrats d’infogérance applicative.
Les entretiens réalisés avec différents acteurs de ce marché le confirment. La croissance a toutefois été très importante ces dernières années, en chiffre d’affaires comme en nombre de clients, témoignant d’un élargissement de la demande. Interxion indique ainsi plus de 50 % de croissance entre 2005 et 2006 et plus de 40 % entre 2006 et 2007, ce qui porte son chiffre d’affaires en France à 17 M€ – sur un chiffre d’affaires groupe de 100 M€. Les « pure players » ont de 100 à 250 clients chacun en France, les opérateurs les comptent plutôt par milliers.

Equinix indique ainsi avoir triplé son nombre de clients en 18 mois, passant de 35 à plus de 100, dont 25 signés ces trois derniers mois. « L’année 2007 a été excellente et 2008 s’annonce sur un trend équivalent », souligne Francis Weill, directeur des services managés chez Colt, selon qui la croissance des services managés est supérieure à celle du marché de l’hébergement pur type colocation. Les opérateurs mettent en avant leur antériorité sur la voix et la qualité de services associée pour garantir la qualité de services au sein de leurs data centers. « C’est l’intérêt d’un opérateur par rapport à un hébergeur », insiste Francis Weill. Qui ajoute, étant propriétaire des data center et des tuyaux, qu’il peut garantir une très haute disponibilité.
« Notre métier n’est pas de vendre du mètre carré technique mais un service », confirme Arnaud Faivre, responsable commercial chez BT, pour qui le premier moteur d’une démarche d’hébergement est souvent le besoin de très haute disponibilité pour des applications critiques. Les SLA (Services Level Agreement), engagements de résultat du prestataire en termes de temps de réponse, peuvent varier selon la criticité de l’application bien sûr, mais aussi selon la saison, ou l’horaire… ITIL est la norme qui monte pour les services proposés avec l’hébergement d’infrastructures. Ces démarches qualité ont contribué à une meilleure maîtrise du métier sur un marché qui devient mature.

Effet de rattrapage

Les premières salles blanches proposées par des IXEurope (racheté par Equinix), Interxion ou Redbus depuis le début des années 2000 ont tardé à se remplir. Les premiers clients étaient le plus souvent des opérateurs et des acteurs du monde Internet (video streaming, etc.). Désormais les taux d’occupation de ces salles dépassent fréquemment les 90 % et elles accueillent de plus en plus de serveurs d’entreprises, de grands comptes, voire de PME.
Christian Balzer, directeur des opérations et du business développement France et Belgique d’Interxion indique ainsi que les deux premières salles d’Interxion ont mis cinq à six ans à se remplir et qu’en un an, ces deux dernières années, une surface équivalente a été remplie. « La croissance a été vertigineuse », affirme Michel Brignano, directeur général d’Equinix en France : « À la mi 2006, nous étions, bon an mal an, à 1 500 m2 : aujourd’hui, nous avons plus de 7 500 m2 occupés. » Equinix indique louer entre 500 et 700 m2 supplémentaire chaque mois et prévoir d’avoir rempli ses salles d’ici à la fin de l’année.
Conséquence de cette forte croissance : la pénurie de mètres carrés menace : « Paris est la 2e place la plus chargée après Londres », indique Michel Brignano. Les taux d’occupation y sont d’environ 95 % contre 99 % à Londres… Plusieurs facteurs expliquent ce décollage du marché ces deux dernières années, réglementaires et technologiques.

PRA et obligations légales

Tous les acteurs de ce marché soulignent la tendance à l’externalisation dans les grands comptes. Recentrage sur le cœur de métier, mais surtout évolution réglementaires et coûts des investissements nécessaires pour disposer d’un data center sécurisé et a fortiori administré. Colt indique un coût d’investissement de 12 000 euros / m2.
Côté réglementaire, les lois Sarbanne Oxley, Bâle II et quelques autres sont passées par là, obligeant les grandes entreprises internationales, et notamment les établissements financiers, à disposer de plans de continuité d’activité. Equinix impute sa croissance récente à la demande de plus en plus forte des établissements financiers. Selon Michel Brignano, les prochains secteurs d’activité demandeurs seront ceux de l’assurance, où il indique avoir récemment signé plusieurs contrats, et l’industrie.
Les assureurs commencent également à demander des PRA (Plan de reprise d’activité). Ces obligations se répercutent de plus en plus sur les fournisseurs de ces grands comptes. Ainsi, Cegid, éditeur auprès duquel est externalisé la paie de la filiale française d’un grand acteur du conseil coté outre-Atlantique, a-t-il vu un jour débarquer des auditeurs vérifiant les conditions de sécurisation de l’hébergement de cette application et des serveurs la supportant…
Les hébergeurs bénéficient donc de la mise en place de ces PRA au sein des entreprises, selon des schémas variables : l’hébergeur est utilisé pour le back up, la société continuant à héberger en interne sa plate-forme de production, ou l’inverse, voire utilisent deux hébergeurs. Certains hébergeurs proposent un double hébergement dans des salles distantes, mais le marché ne semble pas décoller. « J’ai beaucoup cru au tryptique dual site, distant de plus de 25 km, interconnecté et incluant une offre de virtualisation et des salles de secours équipés de postes de travail », indique Michel Brignano chez Equinix, qui reconnaît que cette offre n’a pas encore rencontré le succès escompté, avec cependant une référence notable, Global Equities, mais une demi douzaine de clients au total. Colt indique, de son côté, avoir un client éditeur qui héberge son offre hébergée (Software as a services) sur les data center londonien et parisien de l’opérateur.
Les hébergeurs purs sont également utilisés comme sous traitants par des sociétés d’infogérance qui ont elle-même rempli leur propres data centers. Ainsi, Capgemini est-il le premier client d’Interxion en France. Reste que les « pur players » de l’hébergement physique cherchent à diversifier leur clientèle afin d’être le moins possible exposés à un retournement de marché, explique Stéphane Duproz, directeur de la filiale française de Telecity Redbus.
Colt adresse également les PME avec des offres incluant VoIP, accès internet et sauvegarde des données financières de l’entreprise. « Les PME sont un segment de marché en forte croissance », précise Francis Weill.

Des serveurs lames très gourmands en énergie

Côté technologie, ce mouvement de fond s’explique notamment par des besoins plus important en capacité électrique : l’arrivée des serveurs lames s’est traduite par une exigence accrue de capacité électrique au mètre carré, rendant parfois obsolète les salles informatiques internes des entreprises. Même chez les hébergeurs, les salles de première génération, construites au début des années 2000, n’ont souvent pas la densité électrique suffisante. Christian Balzer indique que la nouvelle génération de data centers d’InterXion permet de livrer 2 000 watts au mètre carré, là où la précédente génération ne délivrait que 500 à 800 W. Les nouvelles exigences environnementales jouent également un rôle : au-delà d’une certaine puissance, les groupes électrogènes de secours doivent faire l’objet d’une demande d’autorisation d’exploitation en préfecture. En deçà de cette puissance, ils ne faisaient l’objet que d’une déclaration à la préfecture.
Prolongement direct de la plus grande consommation des serveurs blades, les hébergeurs doivent augmenter leur capacité de refroidissement en conséquence.

Au-delà de la surface (lire encadré), la différence se fait de plus en plus sur la capacité électrique et la capacité de refroidissement. De ce point de vue là, la France est plutôt bien placée, grâce à « une énergie de bonne qualité et très fiable à des coûts maîtrisés », note Francis Weill. Les clients internationaux sont donc intéressés pour faire de la France leur site secondaire.
La tendance au green IT commence à apparaître, ce qui se traduit non seulement par un effort des constructeurs pour réduire la consommation électrique de leurs serveurs, mais aussi par des offres d’énergie « propre » chez certains hébergeurs, également incités par EDF. « EDF accepte de nos cofinancer si l’on accepte de ce lancer sur ce chemin », indique un hébergeur. Dans le même esprit, Redbus a testé en France des piles à combustible hydrogène, dont le seul résidu est de l’eau. Effet de mode pour certain, IBM en fait un sujet d’actualité… Reste que si les data center peuvent être accusés d’être énergivores, ils le sont plutôt moins que de multiples salles réparties. « Si nos 250 clients avaient leurs propres salles informatiques, les batteries, onduleurs et groupes électrogènes nécessaires, la consommation totale serait bien supérieure », réplique Stéphane Duproz. Chez Colt Francis Weill remarque que l’ingénierie de construction de salle permet d’économiser jusqu’à 30 % d’énergie.

Les surfaces en jeu

Selon les acteurs, on parle en mètres carrés « total », en mètres carrés techniques (hors bureaux), en mètres carrés de salles d’hébergement » (couloirs inclus) et enfin en mètres carrés nets vendables, ou clients. En France, Interxion indique qu’avec les ouvertures prévues en 2008 et 2009, elle disposera de 12 000 à 13 000 m2 de surface client pour une surface brute de 25 000 m2. Répartis sur deux sites à Aubervilliers, ainsi qu’un site à Saint-Denis et un à Nanterre (issu de la reprise du data center de Psi Net, rénové en 2007). Interxion ouvrira un site à Ivry et prévoit 1 500 m2 supplémentaires avant la fin de l’été 2008. Equinix vient d’ouvrir un nouveau data center de 2 500 m2 à Saint-Denis, ce qui porte à 6 200 m2 sa capacité d’hébergement sur ce site et 9 000 m2 avec son autre site à Roissy. Et a un projet d’extension pour 2009. Telecity Redbus dispose de 3 500 m2 clients répartis entre Courbevoie et Aubervilliers et a des projets d’ouverture de salles pour répondre à la demande, ses salles étant occupées à plus de 90 %. British Telecom dispose de quatre data center à Paris. Colt possède 18 data centers en Europe pour un total de 100 000 m2, dont 10 000 m2 en France répartis sur deux DC, et prévoit des extensions prochaines.

Tension sur les prix

Les prix avaient beaucoup chuté durant les années de crises 2002-2003 où les salles avaient du mal à faire le plein : ils avaient été divisés par deux. Compte tenu de la pénurie actuelle, ils sont remontés voire ont dépassé ceux proposés initialement.
La plupart des hébergeurs purs facturent à la baie (2 m2) ou au m2, plus consommation électrique. Le prix varie bien sûr selon que l’on loue une baie ou plusieurs centaines de m2… les prix cités vont de 200 à 250 euros de loyer mensuel, hors consommation électrique.
Les sociétés de services et infogérance ne raisonnent pas ainsi, l’hébergement est inclus dans la prestation de services.

Du Grid computing au cloud computing

Pour Francis Weill, la prochaine vague de croissance sera notamment due à l’émergence du cloud computing, ou utility computing, héritier du quasi mort né Grid computing. À savoir mutualiser les ressources informatiques, serveurs et stockage et les rendre disponible au moment où le client en a besoin. Par exemple, les trois jours de calcul des paies pour un hébergeur d’application RH. Du vrai On demand, en fait, utilisant les technologies de virtualisation de VMware…. Colt souligne que les opérateurs ayant l’habitude de facturer les communications à la minute, une telle offre serait cohérente avec les busines model de l’entreprise.

Source: L’Informaticien, 2009

Catégorie: Infos sur l'industrie
17 juin 2010
O2switch Hébergement web